Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

Un complexe immobilier de 100 pièces sur 2 hectares

Est-ce l’évêché ? La maison diocésaine ? La maison Saint-Paul ? Ou les locaux de l’entreprise « St Paul St Michel EURL » ? Voici mon hypothèse : les différentes appellations successives du fleuron du patrimoine immobilier du diocèse dirigé par Mgr Percerou traduisent le passage progressif du catholicisme à la société marchande. Dans la phase finale actuelle, les fidèles sont remplacés par des clients.

 Une vue aérienne (merci Google maps) permet de visualiser cet ensemble impressionnant. Comment l’appeler ?

Un « évêché » est, selon Littré, le « palais épiscopal ». L’ampleur des lieux pourrait justifier l’appellation qui renvoie à l’évêque, dont le rôle est suréminent et indispensable selon le droit canonique (Can. 275 § 1) : il est d’institution divine, successeur des Apôtres, maître de doctrine, prêtre et ministre de gouvernement. Cette appellation d’évêché ne paraît plus utilisée depuis longtemps dans la documentation du diocèse, qui préférait jusque-là le plus modeste et plus flou « maison diocésaine », qui renvoie non plus à l’évêque mais aux habitants d’une circonscription, le diocèse.

Mais sous Mgr Percerou, c’est l’appellation «  Maison Saint-Paul » qui est mise en avant : elle figure en Une du site du diocèse depuis le début de l’année 2020 et bénéficie désormais d’un site dédié. Cette appellation « Maison Saint-Paul » est la plus floue. S’agit-il d’un lieu catholique, ou d’un lieu ayant jadis été catholique, comme les 4 000 communes françaises portant le nom d’un saint ?

La page d'accueil de ce nouveau site mis en place par Mgr Percerou définit ainsi cette « Maison Saint-Paul » : « Bénéficiant d’un magnifique parc arboré et fleuri, la maison – qui abrite également les services administratifs et pastoraux du diocèse de Moulins – met à votre disposition tout un éventail de prestations complémentaires comprenant l’hébergement, la restauration ainsi que plusieurs salles de réunion. Dotée d’un grand parking de plus de 200 places et accessible aux cars, la maison Saint Paul se prête aussi bien à l’accueil de groupes qu’à celui d’individuels etc. »

Comme on le voit, il ne s’agit plus de faire référence ni au successeur des Apôtres ni aux fidèles du diocèse mais... au client que vous êtes appelé à devenir ! Quant aux « services administratifs et pastoraux du diocèse de Moulins », ils sont réduits à une précision accessoire entre tirets.

Mgr Percerou a effectué ce changement majeur en 2015, comme l’explique le journal La Montagne, en créant une entreprise pour gérer ce complexe immobilier : l’Eurl St Paul St Michel, qui est une société à associé unique (le diocèse) dont il a confié la gérance à un curé diocésain.

Cette entreprise encaisse les règlements des clients les plus variés utilisateurs de la maison Saint-Paul : groupes de motards, de cyclistes, de touristes etc. qui ont pour point commun de n’avoir aucun rapport avec le culte catholique. C’est précisément pour cela, explique benoîtement le diocèse à La Montagne, qu’une entreprise spécifique a dû être créée : en effet, ce n’est pas vraiment la vocation du diocèse – administrativement l’association diocésaine de Moulins – de développer des activités totalement profanes. Mais il n’y avait plus assez de fidèles pour garnir les chaises, les tables et les lits initialement prévus pour eux...

 On comprend que si l’Etat accorde une aide financière considérable au diocèse via la défiscalisation partielle des dons et totale des legs, ce n’est pas pour exercer une concurrence déloyale en matière d’hébergement, de restauration ou de centre de conférence. Je ferai une parenthèse pour donner ma petite opinion : je trouve anormal qu’un diocèse puisse exercer cette concurrence simplement en créant une filiale dont il est l’associé unique, et à plus forte raison quand ce diocèse dispose d’une puissance financière considérable.

 Résumons les étapes d'une évolution que Mgr Percerou n’a pas initiée mais a terminée : le diocèse de Moulins est passé ces dernières décennies d’une structure basée sur un successeur des Apôtres à une structure basée sur des fidèles puis à une structure basée sur des clients. Sic transit gloria mundi.

 *

 Illustration : contour approximatif de « la maison saint Paul » à Moulins. Sur les plans fournis sur le site du diocèse, j’ai compté plus de 100 pièces – j’ai arrondi à 100, dont 37 chambres d'hôtellerie, salle de restaurant pour 184 couverts, six salles de réunion tout équipées de 20 à 200 personnes... Les plans de tous les bâtiments n'étant pas fournis, le nombre réel de pièces est sûrement bien supérieur.

Écrire un commentaire

Optionnel